Article 06/2007
Il y a encore une vingtaine d’années, la majorité des personnes qui se promenaient en haute altitude étaient des alpinistes aguerris, habitués à la randonnée en montagne. Ces marcheurs savaient qu’il était essentiel de s’acclimater, même à des altitudes relativement modérées, dès 2 800 mètres environ. Aujourd’hui, cette conscience du risque semble s’être quelque peu perdue. C’est pourquoi je souhaite, sans prétention, attirer votre attention sur certains points incontournables si vous envisagez un trekking sur un massif lointain, comme l’Himalaya ou d’autres chaînes de haute altitude.
Lors de ce type de périple, sur les sentiers d’altitude, les dangers sont constants et ne doivent jamais être pris à la légère. Au Népal, les chemins que vous emprunterez peuvent aller du large
sentier facile d’accès au passage étroit, vertigineux et glissant, surtout après une période de mauvais temps. Restez donc très vigilant, surtout si vous vous rendez compte que vous n’êtes plus sur
l’itinéraire prévu.
N’hésitez pas à demander votre chemin dès que l’occasion se présente : les habitants seront généralement heureux, et souvent fiers, de vous renseigner sur les conditions actuelles, les éboulements
récents ou les dangers potentiels du parcours.
Faites preuve d’humilité et, s’il le faut, n’hésitez jamais à rebrousser chemin pour emprunter un itinéraire plus sûr qui vous mènera sereinement à destination.
En ce qui concerne les derniers préparatifs, sachez que si vous randonnez au-dessus de 4000 mètres, comme c’est souvent le cas au Népal, il est impératif d’être bien équipé. Prévoyez un duvet chaud
adapté aux basses températures, une paire de chaussures de montagne de grande qualité et une veste type Gore-Tex, doublée d’une polaire épaisse. N’oubliez pas non plus des lunettes de soleil de
catégorie 4, indispensables pour vous protéger efficacement des rayons UV en altitude et de la réverbération sur la neige lors du franchissement des cols.
Encore une fois, le principal danger lors de ce type d’expédition reste, comme je l’ai mentionné au début de cet article, le mal aigu des montagnes, plus couramment
appelé MAM.
Les itinéraires de trekking au Népal débutent souvent à des altitudes équivalentes, voire supérieures, aux plus hauts sommets des Alpes. À titre d’exemple, le camp de base de l’Everest se trouve environ 600 mètres au-dessus du Mont-Blanc. Votre organisme doit donc s’adapter progressivement à ces conditions. Pour cela, prenez le temps nécessaire, montez lentement et apprenez à écouter votre corps.
Autrement dit, durant les premiers jours d’acclimatation, soyez attentif à vos sensations : maux de tête persistants, nausées, fatigue inhabituelle… Ces signaux sont autant d’avertissements auxquels il faut prêter attention pour éviter toute complication.
Le mal aigu des montagnes (MAM) peut apparaître dès 2 200 mètres d’altitude et toucher n’importe qui, quel que soit son niveau d’expérience ou sa condition physique.
Il résulte d’une accumulation de liquide dans certaines parties de l’organisme, principalement les poumons, le cœur, le cerveau ou encore les reins.
Dans les premiers jours, les symptômes se manifestent souvent par des œdèmes au niveau du visage ou des extrémités, une perte d’appétit, des troubles du sommeil, ainsi qu’une gêne respiratoire, parfois même au repos.
En cas de symptômes bénins du mal aigu des montagnes, il est recommandé de rester à l’altitude atteinte et de se reposer. Vous pouvez soulager les maux de tête avec de l’aspirine ou du paracétamol. Si les symptômes persistent, il peut être nécessaire de redescendre et de reporter votre ascension d’un ou plusieurs jours — ce qui n’est pas toujours simple selon la région ou le massif.
Dans tous les cas, ne continuez jamais à monter tant que vous ressentez un des symptômes évoqués plus haut. En général, ceux-ci disparaissent en un à deux jours, après repos et adaptation. Vous pourrez alors envisager de reprendre votre progression.
Si, au contraire, les symptômes ne s’atténuent pas malgré le repos et la médication, descendez sans attendre. Leur aggravation peut se traduire par de violents maux de tête, une fatigue extrême, une perte d’équilibre ou des troubles du comportement. Ces signes indiquent la survenue d’un œdème cérébral, une complication grave pouvant conduire au coma, voire au décès en moins de douze heures si aucune mesure n’est prise.
Si les symptômes se manifestent par une difficulté à respirer, accompagnée d’une toux parfois associée à des crachats mousseux ou sanguinolents, il s’agit probablement d’un œdème pulmonaire. Ce trouble est grave et peut être fatal en moins de six heures si les signes sont ignorés.
Quelques conseils essentiels :
Buvez régulièrement tout au long de la journée, même sans ressentir la soif. Une bonne hydratation (3 à 4 litres d’eau par jour) facilite l’acclimatation.
Dans un groupe, communiquez toujours vos symptômes dès qu’ils apparaissent. Cela permet de réagir rapidement et de prendre la bonne décision, à la fois pour vous et pour le collectif.
Souvenez-vous que tous les membres d’un groupe ne s’acclimatent pas au même rythme. En cas de doute, il vaut mieux attendre 24 heures avant de poursuivre.
Pendant la phase d’acclimatation, évitez de monter de plus de 400 à 500 mètres de dénivelé par jour.
Autres
dangers à surveiller :
Les conditions climatiques varient énormément selon l’altitude. Durant les saisons les plus favorables, printemps et automne, le temps est souvent stable et les cols les plus
hauts peuvent être dégagés, mais cela reste rare. Des tempêtes de neige soudaines peuvent survenir, parfois avec plus d’un mètre de neige tombé en une seule nuit. Ces
épisodes peuvent bloquer temporairement les passages et vous contraindre à une pause forcée en attendant une amélioration.
Enfin, il est primordial de connaître les bons réflexes de survie pour protéger à la fois votre groupe et vous-même. Dans ces situations extrêmes, la qualité et l’adaptation de votre équipement peuvent faire toute la différence.
PARLONS
des
MEDICAMENTS:
Pour ce genre de périple, qui dure en général plus de 25 jours, la trousse de médicaments est OBLIGATOIRE et doit être pensée pour l'autonomie.
Dans cette trousse collective, certains produits sont indispensables pour réagir en cas de MAM sévère (Diamox, etc.). Cependant, leur usage fait l'objet de dérives qu'il convient de dénoncer.
L'utilisation du Diamox : Sécurité vs Facilité
Le Diamox (acétazolamide) est un médicament puissant. S'il a une efficacité reconnue pour aider l'organisme à s'acclimater, il ne doit en aucun cas être banalisé.
❌ Ce que je déconseille formellement :
L'utiliser par "flemme" ou par facilité.
Aujourd'hui, trop de trekkeurs (et parfois certains
médecins) prônent la prise systématique et préventive de Diamox pour s'éviter l'effort d'une acclimatation naturelle. Prendre une pilule comme un "raccourci de confort" pour compenser un manque de
temps ou un itinéraire trop rapide est un comportement dangereux. La chimie ne remplacera jamais la physiologie, et ce médicament peut avoir des effets secondaires lourds (infections urinaires,
coliques néphrétiques, allergies aux sulfamides).
▲ Ce que je recommande (Mon expérience de
terrain) : Le garder exclusivement comme un outil de secours.
Lorsque je guidais des groupes en haute altitude, ma
trousse à pharmacie contenait systématiquement du Diamox. Mais sa présence se justifiait uniquement pour gérer une urgence, un coup dur, ou pour
sécuriser un membre du groupe victime d'un MAM sévère lorsque l'on se trouve isolé.
En conclusion :
Préférez toujours prendre le temps de vous acclimater en
montant lentement, par paliers, quitte à modifier votre planning. On ne triche pas avec l'altitude. Le Diamox doit rester un filet de sécurité pour redescendre vivant, pas un laisser-passer pour
monter plus vite.